Les vestiges des sites d’exploitation du fer segréen se trouvent en grand nombre le long des synclinaux, à proximité des forêts qui offrent le bois nécessaire à l’alimentation des fourneaux, et non loin des sources d’eau nécessaires au nettoyage du minerai. Le fer est un produit précieux depuis l’antiquité. Il est essentiel à la fabrication des outils et des armes. Les forges antiques ont rapidement dû se protéger des pillards et s’entourer de remparts.
Un exploitation antique
Jules César, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, semble impressionné par les amarres des bateaux vénètes de l’actuel Morbihan, forgées de maillons métalliques, à une époque où les trirèmes romaines se contentaient de simples cordages. Mais on sait en définitif bien peu de choses sur la manière dont les celtes ont commencé à exploiter les gisements de fer de l’Ouest de la France. L’absence de tradition écrite a laissé libre court à l’imagination et constitué la base de légendes bretonnes très vivaces.

Les foyers intenses et rougeoyants des premières forges, les visages noircis des mineurs antiques, dont la petite taille devait être un avantage pour se frayer un chemin dans les petites galeries souterraines: comment les premiers ouvriers mineurs et métallurgistes ont-ils été perçus par leurs contemporains agriculteurs? Pas très positivement sans doute. La forge est associée, dans beaucoup de mythologies, aux dangereux phénomènes volcaniques, les mines aux profondeurs infernales de la Terre! Faute de traces écrites, nous sommes tentés de chercher parmi les personnages de nos mythologies le souvenir des tous premiers mineurs…
Forges et Abbayes au XIIe siècle
Au Moyen-age, l’activité sidérurgique de Bretagne et d’Anjou semble principalement l’affaire des moines et des abbayes. Des forges sont en activité aux abords des minières et à proximité des forêts dont le charbon de bois est indispensable au fonctionnement des fourneaux. Ainsi, au XIIe siècle, il est établi que les compagnons de Robert d’Arbrissel, fondateur des Abbayes de la Roë et de Fontevraud, exploitent des forges au sud de la forêt de Lourzais, entre Renazé et Chazé-Henry(1). Les disciples d’Arbrissel ayant également fondé l’Abbaye de Nyoiseau à la même époque, on peut légitimement penser qu’ils ont joué un rôle dans le développement des activités minières dans la région, même si aucune source historique ne l’établie clairement.
Les Forges du Misengrain

Les ruines d’un site fortifié du XIIIe siècle dominent l’étang de la Corbinière, à Noyant-la-Gravoyère. Ce Château des Forges illustre parfaitement les caractéristiques d’une forge médiévale. À proximité des bois qui fournissent du charbon en quantité, la forge se situe à seulement 50 mètres de la couche A au Sud du synclinal de Segré. Le fer est juste là ! Le ruisseau du Misengrain coule quelques mètres plus bas et fournit l’eau nécessaire au fonctionnement des installations.
Les descriptions de Georgius Agricola

Les écrits et du géologue saxon Georgius Agricola, et en particulier son œuvre majeure qu’est « De Re Metallica » (1556) fournit un état très complet des connaissances en matière de sidérurgie au XVIe siècle (2). Décrire, nommer, expliquer les techniques minières et sidérurgiques: cet ouvrage est resté une référence incontournable pendant plus de 300 ans. Agricola y décrit le travail des prospecteurs-sourciers, des mineurs, des forgerons. Il nous fournit un très grand nombre de gravures particulièrement précieuses pour illustrer l’activité humaine et les techniques métallurgiques de l’époque.
- La Sidérurgie armoricaine, Léon Puzenat (Ed.Ouest-Éclair, 1939)
- Anatomie de De re metallica, Anne-Françoise Garçon (Univ. Rennes2, 2005)